[Opinion] Dénonciateur Dénoncé

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Nous vivons dans un pays ou tout (ou presque) semble sens dessus-dessous. Une photo d’un suspect dénudé menotté et enchainé à une chaise au poste de police de Curepipe a fait le tour des réseaux sociaux. Cela fait suite à une visite de son homme de loi retenu pour sa défense par sa famille. Une scène pour le moins choquante que l’homme de loi en question dit découvrir en arrivant au poste de police. Une scène digne d’une pratique peu reluisante d’un autre temps.

Cette dénonciation est vite reprise par les membres de la famille du suspect qui s’indignent du traitement, selon eux, inhumain (“couma zako” comme rapporté dans les medias). Mais voilà que l’avocat est pris dans un piège. On apprend que le suspect a porté plainte contre celui qui devait le défendre et qui aurait dénoncé l’acte considéré comme de la “barbarie”, “odieux” et “condamnable” selon certains observateurs. Il lui est reproché d’avoir fait circuler la photo sur facebook contre son gré. D’aucuns pensent que la victime a été amené au central CID et contraint de faire une déposition contre son homme de loi.

Alors qu’une personne influente dans le giron de la Human Rights Commission se dit “ultra-choquée en regardant la photo” et  “considère que c’est très grave si cela s’avère vrai”, tout en s’étonnant que c’est la première fois qu’elle voit un suspect nu avec des menottes aux poignets et une chaîne aux pieds, d’autres, à l’instar de certains représentants de la force policière, considèrent, eux, que c’est normal de dénuder un suspect et d’effectuer un “strip search” selon les procédures de la police si le suspect se montre violent ou susceptible de s’évader. Est-ce que le suspect était violent dans ce cas précis? Montrait-il des signes qui feraient accroire qu’il pourrait s’évader? On ne le saura peut-être pas. Encore moins les circonstances exactes du traitement allégué. Selon un avocat bien en vue c’est une pratique courante, et les suspects sont souvent torturés pour consigner une déposition.

A partir de la l’on serait tenté de se poser certaines questions:

  • “Qu’est-ce qui est plus grave, dénuder et enchainer quelqu’un (qui n’est qu’un suspect a ce stade de l’enquête et donc considéré innocent jusqu’à preuve du contraire selon les dispositions légales) pour le besoin d’une enquête? ou dénoncer ceux qui abusent des procédures pour faire subir à un suspect le pire des humiliations et des traitements considérés inhumains à l’aube de 2018 afin d’obtenir un aveu?
  • Est-ce que cette pratique est conforme aux dispositions de la section 9 de la Constitution?
  • Cet acte, ne serait-il pas une autre forme de l’esclavage?
  • Doit-on se réjouir ou se lamenter le jour de la célébration de l’abolition de l’esclavage?
  • Ne serait-il pas temps d’accélérer le processus pour faire voter la “Police and Criminal Evidence Bill” tant attendu, une fois pour toute? Ce projet de loi prévoirait des dispositions spécifiques à ce sujet.

Avec ce genre de situation, qu’on le veuille ou non, la confiance dans nos institutions s’effrite, lentement mais sûrement. Quoi qu’il en soit c’est sûr que la réputation de notre pays (qui est souvent vanté comme un état de droit où règne la démocratie) va prendre un sale coup. A nos gouvernants de jouer le jeu.

AMANOOLA KHAYRATTEE 

 

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