«Ni Oisive, Ni Vorace»: Vivre là où l’âge n’est qu’un état d’esprit; là où l’homme et la nature ne font qu’un

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Imaginez un instant si vous pouviez vivre jusqu’à, tenez-vous bien, 145 ans. Sans maladies, telles que nous les connaissons dans notre société moderne. Sans diète, ni obésité. Si vous pouviez, malgré un âge avancé, vaquer aux occupations journalières consistant à faire des efforts considérables à parcourir au moins 15 à 20 kms par jour sans se plaindre sur des terrains montagneux. Et vivre là où l’âge n’est qu’un état d’esprit; là où vous avez le contrôle du temps, au lieu d’être à la merci du temps; là où vous êtes en parfaite communion avec la nature. En parfait harmonie, loin des tohu-bohus des villes modernes. Ça vous dit?

Et bien c’est le cas d’une tribu vivant dans le fin fond des vallées lointaines, là-bas dans les hauteurs de l’Himalaya entre l’Inde et le Pakistan. Une tribu, une vie, une spécificité, pour le moins, enviable; un peuple d’environ 30000 âmes qui ne se considèrent jamais vieux. Ils se disent jeunes à 70 ans et peuvent vivre jusqu’à 145 ans avec un âge moyen de 90 ans. Ils ont la capacité de procréer à 90 ans pour les hommes et 65 ans pour les femmes. Ils jouissent d’une parfaite forme de santé, complètement ignorants des maladies communes chez nous. Ils ne connaissent pas les soucis cardiaques ni l’hypertension, ni le cancer; encore moins le diabète, l’obésité et autres, maladies non transmissibles.

Eux ce sont les Hunzas connus plus précisément comme les “Hunzakuts”. Ils sont apparemment les descendants de quelques guerriers ayant déserté l’armée d’Alexandre Le Grand plus de 2000 ans de cela, et s’étant refugiés avec leurs épouses persanes dans ces vallées paradisiaques.

Ainsi est racontée l’histoire.
La vallée des Hunzas, surnommée “l’oasis de jeunesse”, “l’oasis de la tolérance” ou encore “l’oasis de la sécurité”, s’étend sur une superficie d’environ 7900 km2 et à une hauteur de pas moins de 2500 mètres dans l’extrémité nord du Pakistan. Elle a comme ville principale le Karimabad, autrefois connue sous le nom de Baltit.

Là, comme dirait Charles Baudelaire: “tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté”.

Si l’on s’en tient aux caractéristiques de la vie de cette tribu antique, on réaliserait combien la civilisation moderne a été le fossoyeur de son propre destin. Avec toutes nos richesses matérielles nous sommes toujours à la recherché du mieux vivre, alors que les Hunzas nous apprennent comment ils ont pu préserver leur santé et leur bien-être d’une façon naturelle en pleine harmonie avec leur environnement.

Le mode de vie des Hunzas avait longtemps intrigué les chercheurs. Ainsi en novembre 1921 le Docteur Robert Mac Carrisson, un médecin écossais, qui voulait en savoir plus, est parti voir sur place ce qui pouvait différentier notre mode de vie à celui des Hunzas. Il a vécu pendant 7 ans parmi cette tribu dans des conditions des plus difficiles. Par la suite, le Docteur Jay M Hoffman a aussi effectué un voyage dans ces vallées pour essayer de comprendre ce qu’il y a derrière la longévité flatteuse de cette tribu. Les expériences de ceux-ci, mais aussi celles d’autres scientifiques qui y ont vécu, permettent de mieux cerner la vie de ces gens, une vie très rustique.

Alors qu’à Maurice l’espérance de vie semble être de 71 ans pour les hommes et 78 ans pour les femmes (d’après les chiffres disponibles dans le Health Statistics Report de 2016), et les principales causes de décès précoces attribuées aux problèmes cardiovasculaires, le diabète et le cancer, chez les Hunzas c’est une toute autre histoire. Même chez leur voisin, le Pakistan, l’espérance de vie tourne autour de 67 ans. Comment expliquer?

Les résultats des recherches du Dr Jay M Hoffman publiés en 1968 dans le Secrets of the world’s healthiest and oldest living people nous fournissent des indices intéressantes quant à la santé florissante et la longévité incroyable des Hunzas. Ainsi être jeune ou vieux, c’est essentiellement un état d’esprit. Les Hunzas ont une autre interprétation de la vieillesse. Pour eux, c’est la maturité; la maturité croissante du corps et de l’esprit. Ils estiment l’âge en fonction des talents qu’ils ont acquis. C’est une idée réjouissante que d’avoir un an de plus à chaque fois. Pour eux la retraite n’existe pas. Trois périodes marquent leur existence: les années jeunes, pour ceux ayant jusqu’à 50 ans, suivi des années moyennes jusqu’à 80 ans. Au-delà de 80 ans c’est l’âge d’or. Ils vivent l’instant présent sans l’inquiétude du futur ni le poids du passé. Ils cultivent l’optimisme et la bonne humeur. Ils travaillent à leur aise, sans tension ni stresse pour un rien du tout qui, disent-ils, entraine la perte d’énergie.

Initialement pillards du fait des conditions de vie difficiles au début, les Hunzas sont des gens pacifiques et jouissent d’une forme physique exceptionnelle. Ils vivent de l’agriculture et de l’élevage. Ils sont forts et résistants. Ils peuvent effectuer des travaux physiques pendant plusieurs heures sans fatigue même s’ils doivent gravir des pentes considérables pour accomplir des tâches quotidiennes. A 145 ans, sans canne ni aucun autre soutien, ils peuvent jouer au volleyball avec des “jeunes” de 70 ans, ensuite sans repos procéder à d’autres occupations à plus de 400 mètres de haut, souvent par voies rocheuses et montagneuses.

On parle beaucoup de “secrets de la longévité et du bien-être” de ce peuple. Des secrets qui, à priori, ne nous sont pas étranger. En fait, l’on peut dire que ce ne sont plus des secrets. Qui ne connaît pas qu’une bonne santé est grandement tributaire à une habitude alimentaire saine et équilibrée? Les médecins ne nous préconisent-ils pas de l’exercice physique régulier afin de garder la forme? Et quid de la consommation d’alcool et du sucre?

Le Cancer Association Mauritus (CANMA), sur son site web, fait état de mauvaise habitude alimentaire, des repas non-équilibrés et l’excès d’amidon et de sucre comme étant des facteurs, parmi d’autres, à la base des lifestyle cancers, tels que le cancer de la peau, du sein, de la prostate entre autres.

Eh bien, justement, les Hunzas sont très méticuleux quant à leur alimentation. Ils sont essentiellement végétariens. Ils pratiquent la frugalité. Ils observent le jeûne régulièrement, au moins une fois par semaine. Ils ne prennent que deux repas par jour, surtout des repas simples et légers avec des céréales, de l’orge, du millet, du sarrasin entre autres. Ils consomment beaucoup de légumes frais, de préférence crus, comme la pomme de terre, le pois, le haricot, les carotte, le navet, les courges, les épinards, les laitues. Ils raffolent les fruits comme la pomme, la poire, la pêche, la cerise et surtout l’abricot. Le noyau d’abricot est particulièrement prisé. Durant une bonne partie de l’année, entre deux à quatre mois, ils ne se nourrissent que du jus d’abricots.

Selon certaines études répertoriées par l’American Cancer Society, la consommation de l’abricot expliquerait l’absence de cancer parmi les Hunzas. Il semblerait que ce fruit contient de l’amygdaline (vitamine B-17), une substance qui aurait des propriétés anticancéreuses.

Ce peuple ne consomme pas d’alcool ni de sucre. Sa consommation du sel et des produits laitiers est en quantité modérée. En ce qu’il s’agit de la viande, elle est consommée en petites quantités et en des occasions très rares, durant les fêtes ou les noces. Ils boivent abondamment l’eau glaciaire provenant directement des montagnes. Ils s’en servent aussi pour se laver, se baigner, ce qui leur donne une peau brillante. La consommation de cette eau pure, riche en minéraux, expliquerait encore, s’il le fallait, pourquoi les Hunzas jouissent d’une santé hors-commun. En général, l’eau de source est naturellement alcaline avec un pH d’un peu plus de 8 (sur une échelle de 0 à 14, avec 7 étant neutre; en dessous de 7 étant acide et au-dessus, alcalin), ce qui, d’après divers études scientifiques, ne favorise pas la prolifération des cellules cancéreuses.

Les Hunzas sont actifs à longueur de journée avec des tâches qui les mènent à plus de 20 kms en terrains montagneux. Ils pratiquent le sport tel que le volleyball, le polo, la natation et s’adonnent régulièrement au yoga, à la méditation et à l’exercice de respiration profonde.

Cependant tout n’est pas pour le meilleur du monde. Il y a aussi d’autres études scientifiques contradictoires au mythe de la longévité et de la jeunesse éternelle. Le Dr John Clark, géologue Américain de renom, par exemple, qui a passé une vingtaine d’années parmi cette tribu, estime pour sa part, que les Hunzas ne sont pas si différent qu’on ne le pense. Ils sont aussi sujets à des maladies. Ils comptabilisent leur âge, non par le nombre d’années à partir de la naissance, mais plutôt en estimant leur degré de sagesse et de leadership.

Mais toute cette histoire est racontée par rapports aux divers études sur le terrain depuis déjà une cinquantaine d’années de cela, voire presqu’un siècle, à un moment où les hunzas étaient totalement isolés du reste du monde. Sans contact, ni influence de l’extérieur, ils menaient une vie de campagne en toute quiétude. Il n’y avait pas de commerces, pas d’hôpitaux, ni de prisons. De nos jours tout semble avoir pris une nouvelle tournure.

Quoi qu’il en soit, les Hunzas restent un peuple qui a su préserver sa culture et son mode de vie loin de la civilisation moderne. Toujours de bonne humeur, avec un tempérament modeste, agile et sans stresse apparente, ce peuple semble jouir d’une bénédiction divine particulière pour arriver à se composer avec la nature et l’air fraiche au fond de la vallée du fleuve Hunza, en toute isolement. De quoi faire rêver les plus téméraires.

AMANOOLA KHAYRATTEE

 

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